Frédéric Tacer l’interview

Frédéric Tacer est un jeune designer graphique et directeur artistique fraîchement diplomé de l’École Nationale Supérieure d'Olivier de Serres.


A pretty good start

D’où viens-tu et comment est-ce que t’en est venu au graphisme. Petite présentation, ton parcours.

Salut ! À l’origine, je viens de Lyon. Comme beaucoup de personnes nées dans les années 80, j’ai grandi avec un ordinateur et je pense être un fier représentant de la Génération Photoshop (ce qui induit que, gamin, je passais sans doute autant de temps à « jouer » avec le logiciel d’Adobe qu’à m’écorcher les genoux en rollers). Au collège, je concevais déjà des sites et des logos (certes particulièrement laids) pour des amis. Ajoute à cela ma passion de l’époque pour le dessin et j’ai assez logiquement fini par atterrir dans une filière arts appliqués. Ces trois années de lycée ont été les plus enrichissantes. Je me passionnais pour l’Histoire de l’Art et je découvrais des domaines comme l’architecture ou le design industriel qui m’étaient jusqu’alors inconnus. Finalement, j’ai eu l’opportunité d’intégrer l’école Olivier de Serres dans un BTS Communication Visuelle qui n’a fait que confirmer ma passion et l’envie d’en faire mon métier. Le DSAA (que j’ai obtenu il y a quelque mois) n’a été que la suite logique de tout cela.

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Tu seras prochainement l’invité de « Pecha Kucha Paris Vol. 6, les meilleurs diplômes 2008 ». BRAVO !! Qu’est-ça que ça représente pour toi cette invitation ?

Je vois surtout dans cette invitation l’occasion de présenter mon travail à un cercle un peu moins restreint que celui de ma famille ou de mes amis. Quelles que soient ses formes, le design est pensé pour — et s’adresse toujours à — des individus. Au cours de mes études, j’ai toujours regretté que les projets sur lesquels on travaillait n’aient pas de réelles finalités (comment juger de la réussite ou de la qualité d’un travail sans le confronter à la réalité de son intervention ?).

Ce que j’apprécie dans des écoles comme l’Ensad, c’est les partenariats qu’ils mettent en place et qui positionnent les étudiants dans une réalité. Il n’y a rien de plus frustrant pour un designer que de voir son projet enfermé dans un placard ou limité aux murs d’une école. Que l’on conçoive un livre, une affiche, un site internet ou même une chaise, on le fait pour qu’ils soient utilisés. Personnellement, je n’ai jamais été aussi fier d’un travail que quand j’ai vu pour la première fois une de mes pochettes de disque dans un bac à la Fnac. Ceci dit, les choses seront un peu différentes dans le cadre de Pecha Kucha où je vais présenter un travail de recherche qui n’a pas encore trouvé d’aboutissement. Évidemment, je te mentirais si je te disais que cette invitation ne m’a pas aussi et surtout flatté. Après avoir travailler une année sur un même projet et avoir douté maintes fois de son intérêt ou de sa qualité, il est toujours rassurant de constater une forme de reconnaissance de ton travail (surtout envers un projet dans lequel tu t’es beaucoup investi).

E-shirt (Zombie Zombie) from Frederic Tacer on Vimeo.

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Peut-tu nous parler un peu du projet que tu vas y présenter ?

Depuis longtemps j’avais envie d’associer mes deux passions (la musique et le design graphique) et mon projet de diplôme m’a semblé être l’occasion rêvée. Les relations entre l’image et le son m’ont toujours intrigué et c’est ce lien que j’ai voulu questionner. Partant de ça, j’ai écrit un mémoire en prenant en compte le contexte actuel de l’industrie de la musique pour ancrer le projet dans une réalité. Ça a été un vrai plaisir de faire des recherches sur ce thème (j’en profite pour remercier une fois de plus mon tuteur, Jean-Christophe Chauzy, dont la bibliothèque est une vraie mine d’or). J’ai découvert énormément de choses et j’ai surtout pu entamer une réflexion sur les véritable enjeu d’un tel projet. Au final, mon projet a été de trouver des sortes d’alternatives à la pochette de disque dans un environnement numérique (car je pense qu’on est tous d’accord pour dire qu’un simple fichier jpeg mal compressé ne pourra jamais remplacer la force d’une belle pochette de vinyle).

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A la vue de ton bagage on aurait pu s’attendre à un projet print or il est clairement orienté multimédia. Qu’est ce qui t’a attiré/amené vers ça ?

Ce qui est amusant avec ce projet c’est que, jusqu’au bout, je ne savais pas du tout à quoi j’allais aboutir. Effectivement, j’ai plutôt une sensibilité « print » dans mon travail (je ne m’étais jamais servi d’After Effects avant ce projet) et, crédule, je me suis dit que je me contenterais juste de faire des belles pochettes de disque et que tout le monde serait content. Or la réflexion que j’ai mis en place dans mon mémoire m’a très vite fait comprendre que ce problème ne pouvait pas être résolu (que) par des belles pochettes. L’exercice du mémoire a d’ailleurs été super enrichissant au sens où les réponses me sont apparues de façon très logique. Du coup, après avoir fait le constat des nouveaux comportements d’écoute de l’auditeur contemporain (le mp3 et le baladeur numérique en tête), j’avais l’air malin avec mes petites ambitions. J’ai vite compris que ce projet nécessitait des réponses de l’ordre de l’innovation et de la prospective (ce qui m’a d’ailleurs amené à invoquer des technologies comme l’encre électronique ou les textiles intelligents qui n’existent encore qu’à l’état de recherche). L’idée à vraiment été de se dire « à quoi ressemblera la musique dans 10 — voire 20 — ans ? ». L’environnement numérique s’est très naturellement imposé.

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Comme on peut le constater sur ton site perso tu t’intéresse beaucoup au son et à la musique. Qu’est-ce qu’il y’a dans ton Ipod en ce moment ??

J’ai découvert la musique et les plaisirs qu’elle pouvait procurer assez tard. J’ai donc une soif de découverte insatiable (afin de rattraper mon retard) et j’écoute vraiment de tout tout le temps. Quand je bossais sur mon mémoire, j’ai forcément du parler des grands graphistes qui ont travaillé dans le domaine musical. Du coup, pour me mettre dans l’ambiance, j’ai écrit mon mémoire avec le jazz de Reid Miles (Art Blakey, John Coltrane, Herbie Hancock, …), le rock des affichistes psychédéliques (Jefferson Airplane, Pink Floyd, Iron Butterfly, …), le punk de Jamie Reid (Sex Pistols, The Clash, …) ou le post-punk de Peter Saville (Joy Division, New Order, …). Mais très franchement, j’aurais du mal à te dire de manière précise ce que j’écoute en ce moment. Jette un œil à mon profil Last.fm si tu veux vraiment te faire une idée :-). Ce que je peux te dire en revanche, c’est que j’ai récemment découvert The Black Angels, HEALTH, Fuck Buttons, Black Moth Super Rainbow (merci Pierrot), Sex Mob (un pur moment en live), The Heliocentrics et que j’aime beaucoup.

Tactile music (Ray Bartok) from Frederic Tacer on Vimeo.

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Quels sont les studios et graphistes qui te font kiffer en ce moment ?

Pour ne pas me lancer dans une énumération sans fin je vais me limiter à trois noms (:-). Je citerais donc David Pearson (j’ai une réelle admiration pour son travail), Vadik Marmeladov (le seul graphiste russe que je connaisse) et Daniel Eatock (j’aimerais faire le même métier que lui quand je serais grand).

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La suite c’est quoi ? des projets, des envies ???

Pour commencé, je vais partir à Londres à la fin de l’année pour un (voire deux) stage(s) de six mois histoire de me confronter un peu à une autre vision et à une autre approche du métier. Après, je n’ai pas d’ambitions particulières si ce n’est continuer à me faire plaisir (et Glutamate sera toujours là pour ça).

Un petit mot pour la fin…
Glutamate !

More Fred:

  1. doff Le 28 Septembre 2008 à 19:02

    Ça c’est de l’interview qui dépote ! Merci DjPee, et vivement Pecha Kucha pour rencontrer Frédéric !

  2. marine Le 28 Septembre 2008 à 16:33

    belle interview et jolis boulots, mais je comprend pas pourquoi il veut faire un stage alors qu’il a l’air d’avoir tout ce qu’il faut pour vraiment travailler. Je dis ça parce que je trouve que c’est une tendance générale.

  3. Fred Le 28 Septembre 2008 à 10:07

    @ Doff :
    Et bien je n’ai pas eu le plaisir de te rencontrer à Pecha Kucha hier soir. Il faut dire qu’il était assez difficile de se déplacer. À charge de revanche !

    @ Marine :
    Le stage est avant tout un prétexte pour partir à l’étranger. Le fait est que le programme avec lequel je vais partir fournit une bourse plutôt conséquente qui ne sera pas négligeable une fois à Londres. Puis c’est aussi l’occasion d’acquérir une expérience professionnelle auprès de personnes qui en ont beaucoup plus que moi.

  4. julien Le 28 Septembre 2008 à 20:36

    Interview sympa, boulots intéressants, merci!

    Je me suis aussi demandé pourquoi faire le choix des stages alors qu’il a un bon bagage pour commencer à travailler… Mais si il y a une grosse bourse à la clef…

  5. o_O Le 28 Septembre 2008 à 20:20

    Je commente en retard mais je commente quand même puisque j’aime beaucoup ton boulot que je suis depuis que t’as gagné le club des DA :).
    Cependant je suis un peu gêné par ce projet. La problèmatique est intéressante et tes premières réponses me semblent assez pertinentes, notamment la promotion par chanson plus que par album. Je trouve les clips interactifségalement intéressant mais peut-être plus à mettre dans la continuité des expériences ponctuelles de Radiohead, que dans une vision à long terme, je suppose qu’on finit par s’en lasser (et je me questionne sur la réalisation sur iphone mais c’est juste que je n’y connais rien). Par contre je suis plus dubitatif sur ton approche très prospective sur les tissus et l’encre électronique.

    Les contraintes techniques font partie intégrante du graphisme et c’est dommage de s’en affranchir, c’est aussi ce qui fait son interêt. C’est un peu comme si je me mettais au design objet et que je décidais de faire une voiture volante. Ok, c’est cool, mais c’est juste pas possible. Il y a des solutions à trouver, comme la proposition de livre interactif d’Etienne Mineur présenté à Graphisme en Revue (qui fonctionne sur des encres conductibles et des encres thermosensibles). Ca remplit pas nos rêves les plus fous mais c’est aussi ce qui fait son charme :).

  6. o_O Le 28 Septembre 2008 à 20:26

    Une dernière chose par rapport à l’interface que tu avais proposé pour gérer sa discothèque, tu pourrais être intéressé par les recherches de Jef Raskin (http://www.gobz.org/2008/03/06/jef-raskin-linterface-humaine/) qui défendait justement les interfaces zoomables et la navigation par contenu plus que par signes (icones, textes).

    Et les recherches de no-design dans le cadre de leur carte blanche au via, notamment le projet “waaz al” qui est juste très “humain” dans son interface (puisqu’elle n’existe pas). A checker ici : http://lab.nodesign.net/interfaces/

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